Attentats à Paris comment rassurer nos enfants ?

écrit par Sandrine Victoire, coach de vie et thérapeute familial.

Face aux attentats à Paris comment rassurer nos enfants ? par Sandrine Victoire
Face aux attentats à Paris comment rassurer nos enfants ? par Sandrine Victoire

Suite aux terribles attentats à Paris comment rassurer nos enfants ?

Il se produit depuis plusieurs années des attentats terroristes dramatiques et d’une extrême barbarie. Une escalade de cruauté se fait sentir partout dans le monde. Depuis lors, notre pays est plongé dans la peur et l’angoisse et surtout, dans un profond malaise et un sentiment de vide et d’incompréhension. Face aux récents attentats à Paris comment rassurer nos enfants ? Quoi leur dire, quoi faire pour leur expliquer ces évènements et maintenir leur sentiment de sécurité, fondamental pour leur bon développement ? Je suis particulièrement sensible à cette question en tant que coach et thérapeute familial, mais aussi en tant que mère et belle-mère de trois enfants d’âges très différents. Je réalise, pour le vivre aujourd’hui, à quel point nos enfants sont impactés et touchés directement par ce qui vient de se produire. Observez-les, regardez-les, écoutez-les, leur comportement a changé depuis quelques jours. Ils sont très déstabilisés. Je suis t’autant plus fortement interpellée par cette question, que je me souviens de Guillaume et de Karine, il y a trois ans, avec leurs deux enfants, autour d’un goûter chez nos amis. Guillaume, ce jeune père de famille, était un passionné de musique. Guillaume est décédé au Bataclan vendredi… et là je pousse un peu plus loin le raisonnement, le coeur lourd, en pensant à sa femme et à ses deux enfants. Pourquoi ? Quel sens donner à ce drame pour continuer à se construire dans la vie ? Je m’aperçois combien nous sommes, nous les adultes, ignorants sur la question du terrorisme d’aujourd’hui, combien tout cela manque de clarté et de réponse, combien ces questions sont obscures et complexes. C’est face à tout ce chaos et ce non sens que nous sommes et c’est dans ce vide de sens que nous laisserons nos enfants si nous ne réagissons pas en tant que parents dans une communication et dans des gestes clairs.

Les réactions des enfants suite aux attentats terroristes du 13 novembre dernier

Une vidéo réalisée par le petit journal témoigne des questions de nos enfants face aux attentats : « Tu comprends ce qu’il s’est passé ? Tu comprends pourquoi ces gens ils ont fait ça ? » demande le journaliste à l’enfant. « Parce qu’ils sont très très méchants. Les méchants c’est pas très gentil. Et il faut vraiment faire attention, il faut changer de maison » répond alors le garçonnet. Et son papa de lui répondre très ému : « Mais non ne t’inquiète pas, il n’y a pas besoin de changer de maison, c’est la France notre maison ». « Ils ont des pistolets, ils peuvent nous tirer dessus parce qu’ils sont très très méchants papa » s’exclame son fils. « C’est pas grave eux ils ont des pistolets, nous on a des fleurs » lui répond son papa. « Oui mais ça va nous protéger les fleurs ? »…

A la maison, nous avons trois enfants, âgés de 2 à 16 ans. Il y a quelques mois, suite aux  attentats contre Charlie hebdo, les deux grands ont manifesté leur incompréhension face à cette ignoble barbarie.La phrase qui revenait en boucle était : « Mais pourquoi ??? » A l’époque, nous pouvions donner un sens minimaliste, en expliquant que la provocation face à une religion, aussi humoristique soit cette provocation et aussi libre soit-elle en France, pouvait générer des réactions violentes en retour, bien que disproportionnées et barbares. Cette explication n’étaient pas pleinement satisfaisante, mais elle pouvait avoir un sens logique, dans le fait que la provocation n’est jamais souhaitable face à la violence. Nos enfants le savent pour le vivre dans la cour de l’école : provoquer la susceptibilité des autres, se moquer d’eux n’est pas un comportement propice à la paix dans le monde, cela peut être dangereux et peut générer des réactions violentes en retour. Mais aujourd’hui, nous n’avons même plus cet argument. Depuis 4 jours, nous ressentons nos enfants agités, stressés, angoissés et en colère. Même les tous petits ont changé de comportement : ils se révèlent plus difficiles à canaliser, plus colériques et d’une grande agitation. Trop c’est trop. Cela fait beaucoup trop pour nos enfants. Nous devons les accompagner et les rassurer plus qu’à l’accoutumé, nous devons donner du sens à ces évènements et surtout, nous devons nous rassurer nous-mêmes, pour que, sous nos ailes, nos enfants retrouvent leur sentiment de sécurité.

Donc concrètement comment suite aux attentats à Paris comment rassurer nos enfants

1 – Les informer et leur expliquer

Pour vous y aider, Astrapi a rédigé une page brève pour parler des attentats aux enfants : « le vendredi 13 novembre, des hommes pleins de haine ont tué des innocents. Trois explosions ont retenti à trois endroits différents… Ces hommes avaient préparé cet attentat depuis longtemps. Ils ont tiré sur des passants avec des armes de guerre (…) Les sept assaillants sont morts le soir-même ».

Les questions à vous poser avant d’en parler avec vos enfants sont les suivantes :

  • Quel message ai-je envie de transmettre à mes enfants sur ces attentats ?
  • Qu’ont-ils besoin d’entendre de ma part ?
  • Ce que j’ai prévu de lui dire va-t-il renforcer son sentiment de sécurité et son ouverture au monde ?

Lorsque vous ouvrez ce débat, des questions vont venir en retour, répondez à ces questions de la manière la plus simple possible. Nos enfants ne raisonnent pas autant que nous sur les évènements, ils sont dans la pensée magique. Leur perception du monde est archaïque : pour eux, on est soit méchant soit gentil, c’est tout. Pour nos enfants, on est heureux ou malheureux, on aime ou on déteste.

  • Rester factuels et éviter de porter des jugements identitaire

Soyez simples et factuels. Il est mieux de parler des actes (« ils ont tiré et ont tué 130 personnes innocentes… »), plutôt que d’émettre des jugements sur les personnes (« Ces abrutis n’ont pas de coeur… »). L’enfant, en pleine construction identitaire, s’identifie aux jugements que vous portez sur lui, mais aussi sur l’entourage et sur le monde. Soyez vigilants à préserver vos enfants de vos jugements identitaires car cela pourrait avoir de fortes répercussions à l’école et aussi dans leur ouverture et dans leur construction psychologique. En manière d’éducation, la manière la plus constructive d’élever un enfant est de réprimer des faits et des actes (« tu n’as pas rangé ta chambre depuis plusieurs semaines, tu laisses trainer des gâteaux sous ton lits, etc. »), plutôt que de juger la personne (« tu es sale, tu n’es pas propre »). Lorsque nous jugeons les personnes, nos enfants enregistrent ces informations comme vérité absolue et les interprètent avec leur pensée magique, c’est à dire de manière très radicale, irrationnelle et sans nuance.

 

  • Prendre le temps nécessaire pour évoquer les évènements

Prenez votre temps, faites des phrases simple et courtes, prenez de profondes respirations et parlez lentement. N’hésitez pas à en parler plusieurs fois durant les semaines à venir, à chaque fois que vous le jugerez utile pour clarifier, rassurer ou éclairer vos enfants.

Quelque soit l’âge de l’enfant, même le tout petit, il est essentiel de prendre le temps de leur parler de ce qui s’est passé. Même les tous petits ressentent les évènements, ils s’imprègnent de vos émotions, de vos peurs, de vos colères, de vos indignations. Pour les plus grands, ils en parlent à l’école, dans la cour, en classe, sur les réseaux sociaux, ils voient la télévision.

  • Adapter son langage et l’étendue de ses explications en fonction de l’âge de l’enfant

Un tout petit, un enfant de moins de 10 ans et un adolescents ne réagissent pas de la même manière, vous le savez. Evitons les images choquantes en dessous de 10 ans. Parler de daesh, des djihadistes ou des religions ne sert à rien si l’enfant a moins de 8 ans. Soyez plus simples. Restez dans son univers d’enfant, à sa portée.

  • Bien préciser que les assaillants sont morts

Il est primordial de préciser aux enfants que les assassins sont morts. C’est fondamental. C’est rassurant pour eux et c’est cohérent avec la morale dans laquelle nous les invitons à se construire. Souvenez-vous aussi que nos enfants sont dans la pensée magique : les méchants meurent toujours et les gentils continues de vivre et d’être heureux. Le contraire serait insoutenable pour nos enfants qui ne sont pas encore prêt psychiquement à affronter une réalité avec toutes ces nuances.

  • Communiquer avec sincérité

Vos enfants vous observent et vous écoutent tout le temps. Ils savent mieux que vous ce que vous ressentez. Vos réactions et vos comportements sont leurs repères. Vous êtes le cadre. N’essayez pas de masquer vos ressentis ou de mentir sur vos analyses ou vos émotions. Soyez vous-même. Soyez pour vous-même votre propre parent et votre propre enfant. Ca veut dire quoi, ? Sur la question des attentats à paris comment rassurer nos enfants en étant son propre parent et son propre enfant ? Ca veut dire : pleurez si vous êtes bouleversé, mais expliquez-leur pourquoi vous pleurez, mettez des mots et donner un sens à vos larmes. Dites-leur que les larmes sont l’expression de votre tristesse et qu’elles vous aident à la surmonter. Montrez-leur que vous gérez vos émotions et que vous les assumez, en tant qu’adulte.  Et encore une fois, manifestez votre protection. Vous pouvez être bouleversé sans perdre votre capacité de protection. Ayez confiance en vos capacités parentales !

2 – Apporter un cadre sécurisant

  • Soyez plus présents encore

Il est clair que les attentats qui viennent d’avoir lieu altèrent pour nous tous le sentiment de sécurité nationale. Nos enfants ont besoin de se sentir sécurisés par nous afin de se construire. C’est le cadre qui les sécurise. A l’intérieur de ce cadre, ils peuvent vivre, ressentir, jouer, rire et s’exprimer librement. Soyez là, tout simplement. Mettez en stand by pour une semaine ou deux vos occupations du moment. Plus spécifiquement, soyez présents pour les sécuriser lorsqu’ils voient des images à la télé ou sur le net.

  • Réaffirmer le cadre qui les protège

Vos enfants ont besoin que vous réaffirmiez le cadre de sécurité à la maison, à l’école et sur la voie publique. Ils ont besoin que vous leur montriez que toutes les mesures sont prises à chaque instant pour les protéger et les entourer. Même si cela est évident pour vous, soyez juste conscients que dans ces temps mouvementés, réaffirmer le cadre sécurisant qui est le vôtre n’est pas superflue. Montrez-leur le système de sécurité et l’alarme de la maison, repréciser que la porte d’entrée est fermée à double tour, retracez avec eux le trajet domicile-école et les recours en cas de souci, si besoin accompagnez-les à l’école pendant plusieurs semaines…. Et surtout, faites tout cela en étant intérieurement convaincus que vous mettez tout en oeuvre pour les protéger. Si vous n’en êtes pas surs, à vous de vous ressaisir et de faire évoluer votre cadre afin qu’il vous rassure vous aussi. Montrez-vous le plus protecteur possible.

3 – Les observer et les écouter

  • Etre à l’écoute de leurs réactions émotionnelles

Doit-on écouter les peurs de l’enfant ? Oui, absolument ! Les enfants dont on méprise systématiquement les peurs ne peuvent devenir des adultes ouverts et courageux. Il y a des peurs saines, il y a des peurs disproportionnées. Toutes sont à écouter et à accompagner. D’ailleurs, si les terroristes avaient eu très tôt conscience de leurs peurs, seraient-ils devenus des terroristes ? Auraient-ils eu besoin de trouver refuge dans ces idéologies barbares si leurs peurs, et plus largement toutes les émotions, avaient été entendues, accueillies et transformer pour leur plus grand bien ?

L’intelligence émotionnelle, c’est notre capacité à faire 4 choses avec nos émotions : Tout d’abord, à les détecter pour les identifier (peur, colère, tristesse, joie, ou dégout, surprise…), pour ensuite pouvoir les exprimer (par le corps mais surtout par les mots : « j’ai peur », « je suis en colère ») et les utiliser à bon escient dans leurs fonctions positives et constructives (la peur nous avertit d’un danger, la colère nous donne l’énergie d’avancer). Enfin, la quatrième étape consistera, une fois nos émotions pleinement gérées, à accompagner les autres dans le même processus. Une émotion est toujours utile si elle est adaptée à une situation et si elle est identifiée comme telle et exprimée. Les enfants sont tous nés avec cette intelligence émotionnelle, alors aidons-les à mieux s’en servir et non à les saboter.

  • Repérer tout changement anormal dans leur comportement

Il y a des phases qui se succèdent face à un tel choc et aux vues de l’ampleur de la catastrophe. La succession peut être la suivante : d’abord le déni ou l’incompréhension, puis la peur. Ensuite, vient la nostalgie des temps d’avant les attentats, puis la colère. Une phase dite « dépressive naturelle » permettra positivement à chacun d’entrer en soi et d’exprimer la tristesse, pour ensuite à nouveau s’ouvrir et participer à la vie sociale. Une décision sera prise pour continuer de vivre forts de ces éléments nouveaux qui ont changé le décor, décision qui va permettre à chacun de s’engager et de rire à nouveau. Cela s’appelle la courbe de changement. Cette courbe est un processus naturel face à chaque changement majeur qui nous impacte ou qui impacte notre système social.

4 – Se rassurer et se calmer soi-même

Comme je l’évoquais, votre meilleur allié sur la question des attentats à Paris comment rassurer nos enfants, c’est vous-mêmes. Soyez le plus exemplaire possible : pensez à vous calmer, à vous rassurer et aussi, sachez débrancher le poste de télévision et Internet, pour reprendre votre souffle et apprécier à nouveau les petits bonheurs de tous les jours. La vie est merveilleuse, l’amour vous porte et porte vos enfants. C’est la lumière qui ressource les hommes et leur permet d’accepter leur part d’ombre. Alors détendez-vous, restez zen et ouverts.

 

N’oublions pas ! Et surtout, continuons de chercher à comprendre ces questions de terrorisme dans la nuance et dans un esprit positif pour soi-même et pour notre entourage. La lumière attise la lumière.